La ligne Maginot

Dans les années 1920, après avoir été durement touchée par la Première Guerre mondiale, la France craint fortement une invasion comparable à celle de 1914. Le gouvernement ordonne ainsi à l’État-major des armées d’établir un plan de défense. Le ministre de la Guerre Paul Painlevé crée en 1927 la Commission d’Organisation des Régions Fortifiées (CORF) qui a pour mission de mettre en œuvre la réalisation matérielle de la Ligne de défense. Les premiers travaux de fortification commencent dès la fin de l’année 1928. Vers 1935, la ligne de défense prend le nom de « Ligne Maginot », d’après André Maginot (1877-1932), le ministre de la Guerre qui a fait voter en 1929 la loi pour le financement des fortifications.

Carte du front : ligne Maginot

Carte du front : ligne Maginot-ligne Siegfried @BnF/gallica.bnf.fr

Organisation

La ligne est constituée de Régions Fortifiées qui sont divisés en secteurs fortifiés, eux-mêmes découpés en sous-secteurs en temps de guerre. Petit-Réderching fait ainsi partie du secteur fortifié de Rohrbach, Sous-secteur du Légeret, occupé par le 153e Régiment d’Infanterie de Forteresse (RIF).

La ligne principale de résistance est constituée d’ouvrages et de casemates dotés de réseaux de rails mais aussi de avec tirs d’infanterie et d’artillerie. En effet, les ouvrages se couvrent entre eux : cette protection mutuelle est le point fort de l’ensemble fortifié.

Une seconde ligne a été créée derrière la ligne principale pour la suppléer en cas de brèche. Elle comporte de nombreux blockhaus dont la construction est confiée à la Main d’Œuvre Militaire (MOM) pour des raisons d’économie.

Un secteur fortifié se compose ainsi de la manière suivante:

  • Lignes d’avant-poste
  • Lignes principales d’ouvrages et casemates
  • Seconde ligne avec artillerie et troupes d’intervalle
  • Casernement de sureté
  • Sous-station électrique
  • Dépôt de vivres et de munitions

Typologie

Quatre éléments principaux forment la Ligne Maginot :

  • Les ouvrages qui servent à assurer une riposte par une forte puissance de feu. Ils sont de deux types avec d’une part les ouvrages d’infanterie, composés de plusieurs blocs reliés par des galeries sous terre (caserne, usine) et d’autre part les ouvrages d’artillerie avec plusieurs blocs d’artillerie sous tourelle ou sous casemate ainsi qu’une entrée « hommes » et une entrée munitions.
  • Les abris d’intervalle qui sont destinés à abriter des troupes d’intervalles ainsi que les Postes de Commandement (PC):
    • Les abris caverne pouvant atteindre une profondeur de 8 à 20 mètres suivant la nature du sol et suffisamment grand pour accueillir une ou deux sections (1 compagnie pour l’abri de Petit-Réderching). La défense est assurée par une ou deux cloches GFM et des créneaux FM à l’arrière.
    • Les abris de surface formant des blocs à deux entrées.
  • Les casemates CORF créées en 1930, qui ressemblent à des blocs d’infanterie d’ouvrage indépendants. Elles comportent deux étages avec chambres de tir simples ou doubles. L’armement se compose d’un ou deux jumelages Reibel complétés par un canon antichar. Dans certaines cloches JM ou FM se trouve un mortier de 50 m/m. La façade arrière comporte une goulotte lance-grenades, un fossé diamant ainsi qu’un projecteur blindé. L’efficacité d’une telle casemate avoisine les 2000 mètres. Prévues pour être autonomes, elles sont équipées d’un groupe électrogène, d’un puits, de ventilateurs. Elles possédaient ainsi des réserves en munitions et en vivres prévues pour un isolement prolongé. Le premier étage est réservé au combat avec organe de tir tandis que le deuxième sert de casernement à l’équipage composé d’une trentaine d’hommes sous les ordres d’un lieutenant ou d’un adjudant-chef. L’épaisseur du béton peut atteindre 3,50 mètres pour la dalle et le mur exposé aux tirs et 1,50 mètres pour les autres murs. En plus des casemates CORF, les intervalles étaient surveillées par des casemates plus légères du type STG, à un seul étage avec deux chambres de tir opposées ou juxtaposées et parfois une cloche. Il pouvait y avoir des casemates d’artillerie pour une ou deux pièces de 75 m/m. De petits blocs de béton dotés d’une chambre de tir ont aussi été construits juste avant la guerre.
  • Enfin, les observatoires, présents sous forme de casemates bétonnées, guérites ou même tourelles de char FT17. Ils se situent sur les hauteurs en retrait de la ligne de feu afin de disposer d’une vue optimale.

Source: MARY, Jean-Yves, La Ligne Maginot, 1980.