La commune de Petit-Réderching se situe aux confins de la Moselle, dans le Pays de Bitche (Bitcherland). Née durant l’époque moderne, elle se trouve dans le canton de Rohrbach-lès-Bitche depuis 1790 et comptait près de 1500 habitants au dernier recensement intégral de 1999 (Insee). Son ban atteint une superficie d’environ 11 km². Le village se situe en « pays découvert », appelé ainsi en raison de la déforestation qui a eu lieu avant le XVIème siècle. Le village a profité de la présence de deux routes importantes pour se développer, la « Ritterstrasse » et la «Koenigsstrasse ».


Époque moderne (1492-1815)

Une implantation ancienne
La naissance de la verrerie
La création du ban du village


Une implantation ancienne

La présence humaine dans la région est ancienne. En effet, des vestiges gallo-romains ont été mis au jour lors de fouilles archéologiques en 1964, notamment à la «Trift» et à proximité de la source de la « Rennbronn ». Une ancienne voie romaine traversait le ban de Petit-Réderching vers Urbach en empruntant la route de Hoelling.

La région a été plutôt paisible jusque vers 350 après Jésus-Christ, quand se sont produites des incursions « barbares ». Le secteur a ensuite été plus ou moins à l’abandon pendant plusieurs siècles. Dans de nombreux ouvrages, on signale en 1821 la découverte de plusieurs milliers de pièces de monnaie romaines. Cette supposition est fausse, il s’agit en fait d’un sac de poste perdu par une diligence…

Au XVème siècle, de nouveaux colons s’installent dans les forêts du futur ban de Petit-Réderching et créent plusieurs hameaux:

  • Meren se situait entre les villages actuels de Guising, Bettviller et Petit-Réderching et la tradition prétend qu’il y existait un couvent.
  • Neunkirchen se trouvait près du Kapellenhof. Il s’agit d’un ancien village présent dans les actes dès 1355. Une verrerie y est établie mais elle est détruite au XVIème siècle et seule une chapelle y a subsisté quelques années.
  • Muhweiler occupait l’emplacement actuel de la « Luxemühle ». Selon certains auteurs, il est encore possible d’y découvrir quelques ruines, comme par exemple celles d’une ancienne chapelle vers le nord.

Ces villages ont tous disparu durant la « Guerre des Rustauds » (1524-1526) et seul Neunkirchen a conservé sa chapelle.

La naissance de la verrerie

Une verrerie à l'époque moderne / Diderot, l'Encyclopédie. Source: Gallica/BNF

Une verrerie à l’époque moderne. Source: L’Encyclopédie. [36], L’art du verre / Diderot et d’Alembert (1751-1780). BNF/Gallica

Le village de Petit-Réderching apparait dans un procès-verbal en 1580 sous le nom de Riederchingen. Le gruyer Jacquemin Cueullet signale quatre verreries dans la région : Holbach, Neunkirchen, la verrerie du lieu-dit « Trubach » ou Riderchingen et une manufacture désignée sous la dénomination de « La Vieille Verrerie ». Il précise que la verrerie de Neunkirchen est détruite et qu’il n’en reste que le « canton de bois essarté » (c’est-à-dire défriché) et une chapelle.

La présence d’une verrerie dans la Trubach dès 1580 est donc attestée. Celle-ci avait bonne réputation et regroupait autour d’elle une «agglomération d’ouvriers ». L’activité verrière est alors très répandue et occupe une place importante dans l’industrie. Elle profite des abondantes ressources naturelles nécessaires à son fonctionnement à Petit-Réderching et dans des communes avoisinantes de Rimling, Neunkirchen ou encore Holbach. L’installation d’activités verrières en «pays découvert » est le résultat d’une politique menée par les comtes de Deux-Ponts-Bitche. Ces verreries n’étaient pas sédentaires et se déplaçaient dès que les ressources naturelles étaient épuisées.

Il n’existait alors pas encore de village à Petit-Réderching, mais plutôt deux «colonies» distinctes. L’une se situait dans la vallée de la Trubach sous le nom de « Riederchingen » où se trouvait la verrerie; l’autre se trouvait dans les environs de l’actuelle place du monument aux Morts. La verrerie de la Trubach semble avoir connu une existence plus longue et plus fructueuse que d’autres du secteur comme par exemple celle d’Holbach, disparue avant 1609.

Peu à peu, les verreries se sont déplacées vers le «pays couvert », par exemple à Saint-Louis-Lès-Bitche où une première verrerie (toujours en activité) est crée en 1586.

La création du ban du village

Petit-Réderching se crée véritablement après la guerre de Trente Ans (1618-1648), lorsque les habitants se mettent à défricher les emplacements des forêts auparavant exploités par les verreries. Ces défrichements ont permis la création d’un ban, élargi par la suite avec l’ajout des anciens bans de villages disparus. Le village profite également du passage de deux routes importantes, la « Ritterstrasse », et la « Koenigstrasse », construites au cours du Moyen-Age par les paysans astreints à la corvée.

Dans les années 1627-1630, en plus de la guerre, la peste s’abat sur les habitants de la région. Ce fléau décime une grande partie de la population déjà éprouvée par la guerre de Trente ans. Par ailleurs, les vexations et brutalités des troupes militaires à l’encontre des populations ne prennent fin qu’en 1697, à la signature du traité de Ryswick, qui rend la Lorraine à son Duc. Cette paix apporte le calme politique et religieux et permet de développer les réseaux routiers.

Pour promouvoir le repeuplement de la région, les nouveaux colons ont été exempts de taxes durant dix ans. Mais ceci a causé le mécontentement des anciens villageois qui ne bénéficient pas de ce privilège. Ils ont alors choisi d’agrandir leurs propriétés en défrichant également les terres boisées. Mais, écrasés de redevances, nombre d’entre eux se sont expatriés dans le Banat hongrois. Avec les nouveaux arrivants sont apparus de nouveaux métiers, tels que verriers, tanneurs, meuniers, tondeurs ou journaliers. Les tuileries, fours à chaux, carrières de plâtre et de pierre se sont elles aussi développées. Astreinte à la corvée, la population construit la route menant de Sarreguemines à Bitche entre 1722 et 1724. Elle est la première voie reliant la partie couverte et la région de la culture, le Gau.
En 1724, Petit-Réderching comptait 55 maisons rassemblées autour de la chapelle et en bordure du chemin communal.

Bibliographie

  • BECK Joël, Les moulins et scieries du Pays de Bitche, 1999, Rohrbach-lès-Bitche et son canton, 1988 et Le canton de Rohrbach-lès-Bitche, 2004.
  • NEU Lucien, Petit-Réderching en Lorraine, Bitche, 2003.
  • ROHR Joseph, L’arrondissement de Sarreguemines, Editions Pierron, Sarreguemines, 1978.
  • SCHULLER Pierre, Les Familles de Petit-Réderching de 1704 à 1910, Cercle Généalogique du Pays de Bitche.
  • Petit-Réderching 1980, Fascicule du Foyer Culturel de Petit-Réderching